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Ciels de Charline Collette chez Albin Michel, une chronique de Pierre-Nicolas Bourcier

Ce samedi 16 janvier, nous avons eu le plaisir de recevoir à la librairie La Grande Ourse, l’autrice
Charline Collette et le musicien Félix Gabisson pour une lecture musicale de Ciels, album réalisé par
Charline. L’occasion pour nous de prendre le temps d’analyser l’ouvrage publié aux éditions Albin
Michel.
Le format légèrement à l’italienne (21 * 26 cm) évoque d’emblée l’album photographique, et produit
cette joie calme que l’on peut éprouver lorsque l’on s’apprête à ouvrir un tel album, pour re-
découvrir des moments de vie passés, des souvenirs de vacances, des paysages dans lesquels nous
avons marché. Grâce au format de ce livre, c’est comme si nous allions voir quelque chose que nous
avons déjà vu, déjà connu. De fait, nous avons toustes déjà pris le temps de regarder un ciel
particulier, un matin avant l’école, un soir à la terrasse d’un café, un dimanche d’hiver ou un lundi
d’automne. L’un des ciels reproduits dans l’album, appellera à coup sûr, l’un des ciels observés
durant notre vie. Au passage, on aurait apprécié que la maison d’édition souligne ce rapprochement
entre albums (photographique et jeunesse) par un dos toilé.
Placé à la verticale, le long de la tranche à gauche, le titre « Ciels », au pluriel, présage d’une
déclinaison, d’une multiplicité ou encore d’un classement. Bien rangé à gauche, il laisse toute la place
à l’image de couverture : une gouache épaisse sur toile, réhaussée probablement d’encres pour les
noirs, ouvre l’album sur un coucher de soleil en campagne. Si la journée s’achève, le temps de la
lecture débute. Un premier ciel à contempler donc, où les bleus azurin et aigue marine descendent
lentement vers les jaunes sable, soufre ou encore beurre frais, puis se répandent à l’horizon en rose
bisque, coquille d’œuf, jusqu’à s’intensifier en orangé et abricot. Point de fuite des traces noirs d’un
tracteur passé sur le champ vert sauge, le soleil, au centre, s’approche pour toujours de la silhouette
profonde de la forêt au loin. Au centre gauche, dans le champ, un ruminant regarde le couchant,
tandis qu’en bas à droite l’autrice signe la toile de son nom en écriture cursive, très scolaire. En
tournant la page, nous allons en apprendre sur les Ciels.
L’album se déroule sur une journée, durant laquelle chaque double page présente un ciel, et donc un
moment, différent. Le texte, tantôt sur la page de gauche, tantôt sur la page de droite, offre à l’image
les bords perdus de la page opposée, liant ainsi la finitude de l’illustration à l’infini de l’objet qu’elle
représente. Chaque texte est structuré de la même manière. Tout d’abord le titre, en police de
caractère grasse et de taille supérieure à la suite, porte la couleur dominante de l’image en regard. Il
nomme le type de ciel que l’on voit : L’aube, la brume, le jour, l’éclaircie, etc… Puis en trois phrases le
texte met en mouvement l’instant fixé sur l’image : à l’aube un oiseau commence à chanter, pendant
l’éclaircie une petite fille joue dans les flaques. Enfin, le personnage mis en scène dans le texte est
dessiné et peint dans la gamme chromatique du ciel qu’il anime. Liens de couleurs qui figurent les
liens de l’être à ce qui l’environne. En tournant les pages on alterne entre la fixité photographique
des ciels peints, fixés dans la mémoire, et le présent vivant réanimé par le texte et l’illustration qui le
clôture. Trois moments offrent l’espace de la double page à l’image. Le jour, pour déployer l’horizon
au maximum, l’arc-en-ciel pour jouer avec la symétrie et la nuit pour créer la rondeur de la voute
céleste. Le rythme texte-image s’en trouve ponctué de points d’orgue.
Si vous pensez que l’album se termine sur la double page consacrée au ciel de nuit, vous vous
trompez. Charline Collette garde les yeux ouverts lorsque le soleil s’absente.
Proche de l’imagier, à ceci près que deux temporalités s’y jouent, proche de l’encyclopédie, en ce
qu’il nomme en détail et distingue ainsi les nuances d’un objet changeant, Ciels poursuit sa propre
forme jusqu’à donner la possibilité d’accompagner la lecture par une création musicale de Nina
Garcia et Félix Gabisson, téléchargeable via la 4 ème de couverture.
Ciels est offert à tous les enfants du Val de Marne né en 2026. Et c’est sans conteste de bon augure !

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